Les chien-ne-s de berger au Pays Basque, des origines à l’exploitation

Les chien-ne-s de berger

 

Après notre article sur les moutons, en voici un sur d’autres animaux vivants au Pays Basque dont l’asservissement culturel n’est pas remis en cause : le-la chien-ne de berger.
 
Nous vous invitons à lire ce texte pour comprendre le cheminement de la domestication qui amène une espèce naturelle a être happée par l’exploitation animale.
 
L’origine des chien-ne-s
 
L’hypothèse la plus admise sur l’origine des chien-ne-s, c’est qu’elles-ils descendraient du loup. Une répartition géographique très large aurait permis aux chien-ne-s d’apparaître en plusieurs endroits, sous plusieurs formes, à peu près au même moment. Les analyses bio-morphologiques, d’ADN ou bien du comportement amènent à constater plus de similitudes entre les loup-ve-s et les chien-ne-s qu’avec les chacals et les coyotes (autres hypothèses avancées par le passé).
 
Les plus anciennes traces de relations entre l’humain et les chien-ne-s remontent au Mésolithique, vers 14 000 ans¹ avant l’ère commune. À partir de cette époque, des restes canins étroitement associés à des ossements humains sont exhumés dans différents sites.
 
Si les preuves archéologiques font remonter la domestication des chien-ne-s à 15 000 ans, en revanche les études génétiques la repoussent encore bien plus loin dans le passé ; la très grande variabilité génétique chez la-le chien-ne est telle qu’elle n’aurait pu s’établir qu’en 100 000 ans au moins.
 
La cohabitation entre les loups-ves et les humain-e-s a sans doute durée très longtemps sans que leurs comportements et leurs morphologies ne se modifient pour autant, ce qui expliquerait ce décalage.
 
Cohabitation et domestication en faveur des humain-e-s
 
L’être humain primitif du Pléistocène est passé d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire. Associé à cela un plus grand sens de la communauté, ces facteurs amènent à penser que toutes ces caractéristiques humaines ont été un facteur important de la domestication des chien-ne-s.
 
La première fonction des chien-ne-s a probablement été celle de chien-ne de garde, et cela même avant d’avoir été domestiqué-e-s. Leurs aboiements à l’approche de prédateurs, ont dû servir aussi aux humain-e-s près desquel-les elles-ils vivaient afin de récolter leurs déchets.
 
Par la suite, ayant été intégré-e-s au sein des humain-ne-s, les chien-ne-s ont reproduit ce comportement de garde, allant même jusqu’à les défendre.
 
Il est probable que les chien-ne-s furent les premiers animaux de compagnie, et ceci dès leur domestication. Par socialisation, elles-ils tissèrent de véritables liens affectifs avec les humain-e-s. Les chien-ne-s ne considérant plus les humain-e-s comme des proies possibles, elles-ils sont rendu-e-s dépendant-e-s pour leur alimentation, leurs besoins de base et leur reproduction sont « contrôlés ». Le processus de domestication des chien-ne-s s’échelonnera sur plusieurs milliers d’années. Ce ne sera qu’à partir de l’Antiquité que les humain-e-s spécialiseront les chien-ne-s dans ce rôle d’animaux de compagnie.
 
La chasse ayant été une activité très répandue des humain-e-s durant la préhistoire, les chien-ne-s de chasse auront été utilisé-e-s selon les « besoins » des humain-e-s. Rappelons qu’elles-ils ont également été utilisé-e-s de tout temps pour leur chair.
 
Moins connu mais tout aussi réel, les chien-ne-s ont été aussi de la « chair à canon » pendant de nombreuses guerres, pour leurs qualités olfactives, d’accompagnateur-trice de patrouille ou de liaison, de messager-ère mais aussi comme arme de guerre (mine vivante, etc.). La reproduction des chien-ne-s fût également manipulée selon l’intérêt des humain-e-s afin de répondre à des critères particuliers, il en sera de même pour les chien-ne-s de berger.
 
Chien de berger obligé de garder un troupeau de moutons

 
Les chien-ne-s de berger en Europe, défense et conduite du troupeau
 
En parallèle de l’agriculture et de l’élevage, le pastoralisme s’installe peu à peu, réservant aux chien-ne-s comme principale fonction la défense des troupeaux (2ème siècle avant l’ère commune) contre les prédateur-trice-s, ours, loup-ve-s ou félins, voire contre les humain-e-s. Les chien-ne-s sont élevé-e-s parmi le troupeau, favorisant un sentiment d’appartenance à celui-ci et développant ainsi un sens aigu de protection.
 
Par la suite, les chien-ne-s de conduite (13ème siècle) feront leur apparition répondant à d’autres intérêts humains.

 
Les plus anciens témoignages relevés se situent dans les îles scandinaves de l’Atlantique Nord, aux îles Féroé et en Islande. Les chien-ne-s de berger progresseront petit à petit vers les îles britanniques pour finalement être importé-e-s en Europe continentale approximativement dans la seconde moitié du 17ème siècle, sans doute à partir des régions du Nord de la France ou des provinces des Pays-Bas espagnols proches de l’Angleterre. L’expansion prendra effet rapidement dans les grandes plaines européennes.
 
La diffusion vers la méditerranée et l’Europe centrale se fera plus tardivement.
 
Dans les Pyrénées, les chien-ne-s de défense resteront présent-e-s jusqu’à une époque très récente, conjointement parfois avec les chien-ne-s de conduite, deux chiens aux fonctions différentes accompagnant le même troupeau.
 
Une généralisation des chien-ne-s de conduite se fera au 19ème siècle, que ce soit en Europe centrale ou bien en Espagne, en Italie pour finir vers l’Orient méditerranéen et la Crête. L’absence ou bien la diminution des prédateur-trice-s et l’évolution du paysage rural favoriseront grandement la présence des chien-ne-s de berger vers une transition morphologique des chien-ne-s vers des races de taille moyenne.
 
La présence des chien-ne-s de berger, les Beaucerons, Briards, Bergers Picard, Bergers des Pyrénées (à poil long ou court) et Bouviers des Flandres feront partie des races originelles des grandes plaines de France et du Pays basque.
 
Les premières descriptions de chien-ne de troupeau en France remontent au 14ème siècle dans des récits de berger-ère. Les chien-ne-s de berger seront à cette époque exclusivement des chien-ne-s de défense, il faudra attendre le 18ème siècle pour que soient mentionnés les premier-ère-s chien-ne-s de conduite.
 
L’origine des chien-ne-s de berger des Pyrénées est un peu plus floue. Certain-e-s naturalistes en font une race autochtone, d’autres des descendant-e-s du Dogue du Tibet, ou du moins de Dogues asiatiques (théorie la plus admise).
 
Berger exploitant un chien

 
Les humain-e-s, fidèles ami-e-s des chien-ne-s de berger ?
 
Actuellement, quatre types de chien-ne-s de berger sont très présents au Pays Basque : les Border Collie², les Bergers des Pyrénées (à poil long ou à poil court) et les Patous.
 
La grande majorité des personnes s’émerveillent et vantent la subtilité, la prestance et les grandes aptitudes de ces chien-ne-s. Il-elle-s sont des fidèles compagnons-compagnes, les humain-e-s affirment que leur relation à ces êtres est une relation d’interdépendance. Cette pseudo relation « d’égal à égal » nie tout le processus de la manipulation d’êtres libres et sauvages vers la docilité et l’asservissement.
 
Les chien-ne-s de berger sont considéré-e-s par les professionnels (éleveur-euse-s, berger-ère-s…) avant tout comme des « animaux de travail » et certain-e-s n’y voient purement qu’un outil. La logique utilitaire qui compose cette relation est bien cruelle pour les chien-ne-s.
 
Chaque année, de nombreux éleveur-se-s ou berger-ère-s font se reproduire les chien-ne-s de berger afin d’obtenir des chiots, certain-e-s seront sélectionné-e-s pour le travail de conduite, d’autres pour la garde des fermes et maisons. Les autres chiots sont quand à eux-elles très peu de fois placé-e-s dans des familles ou dans des refuges, il-elle-s sont noyé-e-s, mis-e-s dans des sacs ou bien abandonné-e-s dans les montagnes.
 
Ne croyez pas que la stérilisation est la règle et que ces cas sont isolés. Notre présence dans les terres et les villes du Pays Basque, dans les refuges, ainsi que les informations transmises par de nombreux-ses sympathisant-e-s ou militant-e-s, nous amènent à constater inlassablement le sort malheureux que réserve les humain-e-s à ces nombreux chiots.
 
N’oublions pas de parler des coups portés aux chien-ne-s qui ne sont pas bon-ne-s au « travail », parce que pas assez dociles, pas assez malléables.
 
Nous retrouvons ainsi le symbole exemplaire de l’attitude anthropocentriste³ des humain-e-s, légitimant le recours à des principes culturels violents envers les chien-ne-s (première espèce à avoir été domestiquée), mais également envers l’ensemble des êtres vivants et ce afin de répondre à des « besoins » humains toujours plus grandissants.
 
L’abolition complète et immédiate de l’exploitation des chien-ne-s de Berger mais aussi de tous les autres animaux non-humains est la seule solution acceptable pour envisager une vie sans domination et donc égalitaire entre les espèces vivants sur Terre.

 

Ne considérons pas les animaux comme des outils de production,
mais comme des être libres !
 
Repensons notre façon de vivre sur Terre et mettons fin à l’exploitation animale !


 

¹ Au Moyen-Orient, dans le village natoufien de Mallaha (Israël), des chien-ne-s sont enterré-e-s à côté des maisons, mais on découvre aussi les restes d’un humain dont la main est posée sur le thorax d’un jeune canidé, indiquant sans conteste les liens étroits qui existaient déjà il y a environ 13 500 ans entre l’humain et le chien. En France, dans l’Isère, des restes d’un chien domestique datant d’environ 10 000 ans avant l’ère commune sont mis au jour.
 
² Chien-ne-s de Berger britannique.
 
³ L’anthropocentrisme est une conception philosophique qui considère l’humain-e comme l’entité centrale la plus significative de l’Univers et qui appréhende la réalité à travers la seule perspective humaine.

 

Liberté pour les chien-ne-s de berger

 
 

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