Article sur la libération animale en Euskal Herria

Voici ci-dessous nos réponses à Edurne Elizondo, une journaliste du journal Berria, qui a rédigé un article sur la libération animale en Euskal Herria. Vous trouverez également encore en dessous le lien vers l’article en euskara ainsi que la traduction de l’article en français.
 

Entretien avec Berria


 
-Quand avez-vous créé le collectif ?
 
Vegan Pays Basque a été créé en mai 2012. C’est un collectif qui lutte pour la libération animale, pour l’écologie radicale et contre toutes formes de discriminations.
 
Il n’existait pas de luttes pour la libération animale en Pays Basque nord. Depuis, le collectif propose au moins un événement par mois tel que : des repas végétaliens partagés, projections de films, ateliers, tables d’informations lors de concerts ou festivals, etc.
 
 
-Vous faites une revendication politique contre l’exploitation animale. C’est important de donner au mouvement pour les droits animaux une dimension politique ?
 
La libération animale est en effet une lutte politique qui propose un changement vers des sociétés qui n’exploiteraient pas les animaux non humains. Nous luttons contre l’anthropocentrisme, doctrine selon laquelle tout se rapporte à l’espèce humaine, et qui en fait le centre de l’univers mais également pour une remise en cause radicale du capitalisme, celui-ci exploitant les animaux humains et non humains ainsi que la planète.
 
Nous ne luttons pas pour que les animaux aient des droits car cela est propre aux sociétés humaines, mais pour que les animaux non humains puissent vivre leurs vies selon leurs propres intérêts et non comme de simples ressources.
 
 
-Parfois c’est difficile que d’autres luttes voient le mouvement contre l’exploitation animale comme une lutte politique.
 
C’est en effet le cas, car une grande partie des autres luttes sociales s’arrêtent malheureusement aux revendications humaines. C’est pour cela que nous avons souvent entendu des propos essayant de dénigrer la lutte pour les animaux non humains : « l’humain d’abord », « vous devriez vous occuper plutôt des humain-e-s qui sont en difficultés », « les animaux ne sont pas importants » etc.
 
Nous répondons à tout cela que les humain-e-s sont également des animaux, avec leurs spécificités certes, mais nous sommes une espèce comme une autre sur la planète et nous n’avons pas à nous sentir supérieur aux autres.
 
L’anthropocentrisme ainsi que le conditionnement religieux qui ont façonné de nombreuses sociétés humaines ont mis l’espèce humaine en haut d’une pyramide fictive. Pourtant chaque espèce animale ou végétale a autant d’importance dans l’équilibre de la planète, et les systèmes d’oppressions ne s’arrêtent pas aux limites de l’humanité.
 
 
-Êtes-vous en contact avec d’autres groupes ?
 
En Pays Basque nord, nous sommes en effet en contact avec divers groupes avec qui nous réalisons des actions. C’est le cas par exemple d’IPEH antifaxista (groupe antifasciste).
 
Au niveau de l’État français, nous nous sentons proches des groupes vegan antifascistes ainsi que de tous les groupes qui ont une démarche de convergence des luttes pour les animaux non humains et humains ainsi que la défense de la planète.
 
 
-Que pensez-vous du mouvement en Euskal Herria. Il y a quelques groupes, Askekintza, Bezala, Bilboko Ekintza Antiespezista…. Pensez-vous que le mouvement est vivant actuellement? Est-ce que vous êtes en contact avec eux ?
 
Pour ce qui est de la libération animale, il y a, comme trop souvent ailleurs, tout à construire. En Euskal Herria, il y a un formidable vivier militant où les personnes ont une habitude de la lutte, ce qui se ressent dans tous les milieux et de tout cela découle une véritable solidarité.
 
Nous sommes heureux-ses de voir que plusieurs groupes existent en EH. Même si le mouvement est récent, il est cependant très vivant et de nombreuses initiatives sont créés pour sensibiliser les gens à l’alternative vegan, la solidarité envers les refuges, etc.
 
Nous avons co-signé récemment des affiches antifascistes avec Bilboko Ekintza Antiespezista, un groupe dont nous apprécions la démarche de convergence des luttes. Nous avons aussi eu quelques contacts avec Askekintza. Nous espérons qu’à terme, nous pourrons mener des actions communes avec l’ensemble des groupes convergeant vers la libération totale.
 
 
-Chaque jour beaucoup d’animaux meurent. Le mouvement pour les droits animaux est-il efficace ?
 
Jusqu’à maintenant les sociétés humaines se sont axées essentiellement sur la protection animale, une forme de lutte très éloignée de la libération animale. La protection animale prône le welfarisme, cherchant à réduire la souffrance des animaux exploités, mais ne remettant pas en question leur exploitation. Alors que la libération animale lutte pour la fin de l’exploitation animale et donc la libération totale. C’est en grande partie pour cette raison que la situation des animaux non humains n’a pas encore profondément changé.
 
Nous retrouvons les mêmes problématiques dans la lutte écologiste, où les sociétés productivistes préfèrent composer avec l’écologie réformiste car elle ne remet pas en question le capitalisme, trouvant ainsi de fausses solutions, tels que le développement durable ou le commerce vert.
 
La libération animale n’est pas réformiste, c’est une lutte révolutionnaire qui amène avant tout à un changement radical du système. Tant que le capitalisme existera ; la planète, les animaux non humains ou humains seront exploités.
 
Il faut être ferme, sans compromis et ne pas brader nos idées. Pour faire germer dans nos sociétés des idées égalitaires sans aucune domination et discrimination, il est cependant primordial de le faire de manière positive.
 
 

Article Berria


 
p008_f01

 
Voici le lien vers l’article sur le site de Berria (en euskara): http://www.berria.eus/paperekoa/1810/008/001/2015-04-03/antiespezista_eta_politikoa.htm
 
Traduction fr
(désolés par avance des fautes ou erreur éventuelles de traduction, mais l’article reste compréhensible).

 

L’antispécisme et la lutte politique.

 
Berria 2015-04-03 / Edurne Elizondo
 
Le spécisme est une discrimination contre les animaux non humains. C’est contre cela que travaillent et se battent les mouvements de lutte pour les animaux. Et ils-elles sont aussi présent-e-s en Euskal Herria. Ces personnes sont en constante augmentation, et de nombreux groupes se sont créés ces dernières années. Ces associations ont pour objectifs la libération animale.
 
« Nous normalisons l’exploitation des autres espèces animales » sont les propos de ceux et celles qui ont créé et développé le projet « Tras Los Muros ». Nous travaillons pour la libération animale, dans l’ombre, en utilisant nos caméras. Ils-elles ont été dans de nombreux pays : Mexique, Espagne, Pays Catalan, et aussi en Pays Basque.
 
Dans des hameaux, des abattoirs, des zoos et dans bien d’autres sites où les animaux sont exploités, ils-elles essayent de montrer ce qui se cache au-delà des murs. Il faut pour cela rompre cette normalisation, ce qui a été dénoncé à plusieurs reprises. « Il est clair que nous sommes un mouvement politique ; nous remettons en question les bases de la société, nous admettons qu’il existe des oppressions. C’est ceci qui nous lie aux autres mouvements d’émancipations. »
 
« Tras Los Muros » parle du mouvement pour la libération des animaux non humains. La phrase « Libération animale » est apparue pour la première fois le 5 Avril 1973 dans The New York Review of Books. Cet article relate différents essais sur les relations entres les humains et les animaux non humains. Depuis 42 ans, les choses ont également changé en Pays Basque, le mouvement prend de l’ampleur. Chaque fois un peu plus. Et ils-elles ont comme objectif : la libération animale.
« Un changement est en cours ; et cela nous différencie depuis quelques années des groupes qui existaient auparavant. »
 
Lide, membre d’Askekintza nous confie : « Nos différences avec des associations réformiste comme ATEA, le collectif Anti-taurin et animaliste de Bizkaia etc., sont notables. La libération animale dénonce dans sa totalité l’utilisation de tous les animaux non humains, et est en faveur du véganisme. Son objectif est la libération totale des animaux.
 
« Nous faisons en effet de la politique » a dit Lide d’Askekintza. Le groupe a vu le jour à Donostia en 2010. Et c’est devenu son domaine de travail, à Donostia et les communes des alentours.
 
La libération animale ne cesse de s’étendre en Euskal Herria, et grâce à cela de nombreux groupes se sont créés, comme Bilboko Ekintza Antiespezista qui était anciennement connue sous le nom d ‘«Asamblea Antiespecista». A Bilbao, c’est Piztiak Konpartsa Animalista qui a été créée en 2013.
 
A Irun, il y a peu, a été mis en place Iruñeko Ekintza Antiespezista, dont les membres travaillent sur des projets depuis Janvier.
A Gasteiz, ils-elles ont organisé leur première réunion en décembre 2014 avec tous les membres du groupe.
 
D’autre part, en Iparralde (Pays basque nord), Vegan Pays Basque lutte pour tous les animaux depuis le mois de mai 2012.
 
Contre toutes les discriminations.
 
L’humain-e est placé au centre et place le reste des animaux non humains au niveau de simples ressources pour lui. Les groupes antispécistes luttent contre cette idéologie, en spécifiant que les animaux ont les mêmes capacités que les humain-e-s à ressentir des émotions, de la douleur… Ils agissent pour lutter contre le spécisme comme on pourrait lutter contre le sexisme, l’homophobie ou le racisme. « Nous savons bien que la lutte antispéciste regroupe toutes les autres luttes, et agit contre toutes les discriminations ; de la même manière, nous prenons part à toutes les autres luttes de libération au delà de l’antispécisme », explique Beatriz de Bilboko Ekintza Antiespezista.
 
Cette union des luttes et des mouvements est claire, comme le dit Oskar de Piztiak Konpartsa Animalista. Ceci lui a donné l’opportunité d’entretenir une relation étroite avec de nombreux mouvements sociaux. « Pour beaucoup, il est important de reconnaître, tous les jours, le caractère politique du mouvement pour les droits des animaux. », a dit Melgar, mais il pense que la situation est en train de changer. « Les groupes sont en train de se rendre compte qu’il est nécessaire que les revendication de toutes et tous doivent s’unir et se développer ». Il explique que les changements se produisent lentement, mais les choses bougent quand même.
 
Ainara de Bezala à Gasteiz explique que le mouvement antispéciste «dérange certain-e-s ». « Les gens prennent notre message comme une menace ou un défi, car ce que nous disons remet en cause la façon de vivre de la majorité. »
 
Tous les jours, l’exploitation animale tue des animaux pour le confort des humain-e-s. « Les gens revendiquent le droit que tout le monde peut faire chez soi ce qui lui plaît, par exemple, sans prendre en compte que le système maintient ainsi l’exploitation animale ; elle incite et protège ainsi l’exploitation des animaux non humains (et humains par la même occasion). » a ajouté Martinez. Elle souligne que l’exploitation animale est un problème social. Ceci ne correspond donc plus uniquement au domaine privé des êtres humains.
 
Défendre ce message est le défi du mouvement antispéciste, rajoute Ainara. Elle explique que « considérer les autres animaux comme des individus à part entière ayant des droits  n’est pas facile mais pourtant indispensable».
 
Les membres du collectif Vegan Pays Basque pensent par exemple que dans la libération animale « tout reste encore à faire ». Au moins ils-elles sont disposé-e-s à travailler. « Nous travaillons pour la libération animale ; pour la libération de la terre, et contre toutes les formes de discrimination. Nous sommes opposés à l’anthropocentrisme, au capitalisme, car ce système exploite tous les animaux humains et non humains, et la planète.
 
Vegan Pays Basque sait que pour arriver à une libération totale des animaux humains et non humains, il est nécessaire de passer par une « révolution », et donc demande un « changement total ».
Ils-elles ont compris la nécessité de travailler « fermement » dans cette lutte pour l’égalité de toutes et de tous. De la même manière, la nécessité d’être positif. Nous devons semer les graines du changement de la société, d’un monde positif ».
 
Dans cette idée, les membres de Vegan Pays Basque pensent qu’il est primordial de cultiver le travail d’équipe avec d’autres groupes. Communiquer, partager, échanger avec d’autres mouvements sociaux, et d’autres groupes contre le spécisme en Euskal Herria. Mais ils-elles savent qu’il faudrait en faire plus. Et ce ne sont pas les seuls à avoir cette opinion.
 
Ailleurs, la responsable de « Tras los muros » a expliqué que le travail d’équipe entre les différents groupes était indispensable pour faire avancer positivement la lutte antispéciste.
 
Dans la rue
 
L’Euskal Herri a un mouvement social actif, et la rue en est le lieu. Le mouvement antispéciste veut apparaître en public. Être dans la rue, pour rendre visible ce qui, pour la majorité de la société, est invisible. Iruñeko Ekintza Antiespezista a cet objectif. Les membres du groupe sont allés à la rencontre d’un cirque avec animaux à Enero. « De nombreuses personnes nous ont rejoints et nous avons décidé de créer le groupe. » nous confie Irene Adán, membre du groupe. Ils-elles sont sorties dans les rues le 15 Mars pour défendre « tous les animaux ». Actuellement ils-elles ont l’intention de faire une campagne avec les conseils municipaux, afin qu’ils n’utilisent plus d’animaux lors des fêtes. « Nous sommes peut être des débutants mais nous gagnons en expériences en travaillant ; de plus nous sommes contents du retour positif des personnes. »
 
Et l’accueil positif des gens, précisément, Lide l’a senti aussi. « Il s’agit de construire des ponts pour porter le mouvement pour les animaux aux autres mouvements sociaux. « Oskar de Piztiak Konpartsa Animalista a déjà noté les premiers résultats. Il a pris pour exemple les fêtes de Bilbao, qui ont largement véhiculé l’écho du message antispéciste.
 
Irene de Iruñako Ekintza Atiespezista insiste sur la nécessité de continuer à donner de l’impulsion au mouvement et que la réalité oblige les activistes à lutter. La responsable de « Tras Los Muros » rajoute que « nous travaillons pour tous ces animaux qui se font chasser, qui se font enfermer dans des zoos, ou qui se font exterminer. Si nous devenons vegan et que nous nous unissons dans la lutte pour la libération animale, alors nous réussirons à changer les choses. »