Lurrama 2014

Les rassemblements autour des animaux non humains sont toujours vantés comme des moments de partage et de convivialité. Lurrama n’échappe pas à la règle. Une mise en scène propre et lisse avec en coulisse des situations bien plus complexes et différentes qu’il n’y parait.
 
Lurrama qui est à l’initiative de l’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la chambre d’agriculture alternative en Pays Basque, a cette année comme fil rouge l’agriculture familiale dans le droit fil de l’Année internationale de l’agriculture familiale voulue par l’ONU. L’événement souhaite en plus comme chaque année mettre en avant une agriculture biologique ou raisonnée et une relocalisation de l’agriculture.
 
Malheureusement les critiques du monde agricole et les solutions « alternatives » s’arrêtent au seuil de l’humanité et ignorent celles des autres êtres vivants peuplant la Terre. L’anthropocentrisme¹ et le spécisme¹ ne seront pas abordés, encore moins débattus.
 
Les animaux non humains subissent dans les fermes jour après jour une vie de domination et d’exploitation entièrement régie par et pour les humain-e-s. S’ajoute alors pour ce type d’événement son lot de transports indignes et de pratiques stressantes. Le jour du salon, tout est propre, lissé, les boxes comme les discours. Les animaux sont transportés et stockés comme de vulgaires marchandises et se retrouvent ensuite dans un bâtiment ultra aseptisé, (le Hall Iraty à Biarritz étant un parc des expositions) puis sont parqués dans des boxes, exposés au stress du passage, du brouhaha omniprésent et à la sollicitation des milliers de visiteuses et visiteurs du salon. Un stress également dû aux nombreuses manipulations des animaux par les éleveuses et éleveurs lors des démonstrations ouvertes au public : tonte des moutons, démonstration de chien de berger, traite des vaches etc.
 
Il n’y a rien là de naturel pour les animaux à se retrouver enfermés, manipulés et exposés au stress dû à un public très nombreux, cette situation s’apparente à ce que vivent les animaux dans les zoos ou les cirques.
 
Lurrama

 
A chaque événement de ce type, les enfants sont une cible privilégiée. Il y est toujours question d’ateliers « ludiques et pédagogiques » qui les « sensibiliseraient » aux activités humaines autour des animaux et parfois de manière plus large aux problèmes dits « environnementaux »².
 
Cette année, plusieurs espaces de détente ou d’apprentissage³ pour les écolier-ère-s (3000 enfants inscrits annonce t-on sur le site de l’association) ainsi que pour les jeunes visiteur-se-s avec en point de mire pour les organisateur-trice-s une orientation éducative bien particulière concernant les animaux non humains dans l’agriculture paysanne.
 
Chaque enfant n’aura comme champ de vision qu’un monde où les animaux non humains, ainsi que les végétaux, n’auront de place que par l’utilité qu’ils apportent aux humain-e-s. Ainsi, on perpétue à chaque génération des cultures où les comportements de domination et d’exploitation sont la norme. Un monde où est entretenu l’acceptation selon laquelle il est nécessaire pour les humain-ne-s de consommer ou d’utiliser des animaux ou des produits issus des animaux pour se nourrir ou bien de manière plus générale pour vivre.
 
Les enfants doivent entrevoir la complexité de la vie sur des bases d’altérité et non d’opposition et d’accaparement. Les méthodes d’accompagnement aux savoirs des enfants et les principes culturels doivent se transformer. Le véganisme reste aujourd’hui une base éthique crédible et nécessaire aux humain-e-s de tous âges pour vivre en symbiose avec les autres êtres vivants de la Terre et abolir toutes domination et exploitation sur les animaux non humains et humains.
 
Il ne sera jamais vain de répéter que défendre les animaux non humains, les végétaux, la Terre dans son ensemble, c’est nous défendre ! Pas pour les intérêts qu’il-elle-s nous apporteront dans le futur, mais bien pour la valeur intrinsèque de chaque être vivant.
 
Construisons une agriculture respectueuse de la planète et des animaux qui l’habitent !
 
Déconstruisons l’exploitation animale, abolissons l’esclavage !

 
¹L’anthropocentrisme est une conception philosophique qui considère l’humain-e comme l’entité centrale la plus significative de l’Univers et qui appréhende la réalité à travers la seule perspective humaine.
 
¹Le spécisme est à l’espèce ce que la xénophobie et le sexisme sont respectivement à l’étranger-e et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certain-e-s au bénéfice d’autres, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier. En pratique, le spécisme est l’idéologie qui justifie, impose l’exploitation et l’utilisation des animaux non-humains par les humain-e-s.
 
²Nous sommes opposés au terme « environnement » car c’est un terme anthropocentriste qui entend par là seulement ce qui entoure les humain-e-s ou les activités humaines. Nous lui préférons donc le terme d’ « écologie ».
 
³La ferme en balade, jeux et sports basques autour de la culture de la mer et de la pêche, les petits œnologues (où comment conditionner les enfants à consommer du vin plus tard sous prétexte de tradition)

 

antispécisme